Mai 2022

Mensuel pratique et interactif de l’optique

Un Livre blanc de la filière,
pour quoi faire ?

À l’heure où nous bouclons votre magazine, nous sommes à J-4 du 2e tour de l’élection présidentielle. Une élection qui aurait dû aborder de front la question de l’accès égal aux soins pour tous les Français et celle du financement d’un système de santé, dont la crise sanitaire, depuis 2 ans, a montré les failles. Or, à part un constat partagé sur le problème des déserts médicaux et des pistes de réflexion de dernière minute sur la généralisation du tiers-payant intégral et l’extension du 100 % Santé à l’orthodontie, aucun des 2 finalistes de l’élection présidentielle n’a réellement mis la santé au cœur de son programme. Il y a pourtant urgence. Particulièrement pour améliorer la prise en charge des besoins visuels des Français. Ce que rappelle le Livre blanc conçu et réalisé, à l’initiative du CIO (Conseil interprofessionnel de l’optique), par toute la filière optique, syndicats d’opticiens et de fabricants réunis : 25 millions de Français vivent dans des déserts médicaux, avec moins de 7 ophtalmologistes pour 100 000 habitants. Ce document de filière est bienvenu : les quelque 55 000 salariés de l’optique parlent enfin d’une seule voix et entendent, ensemble, prendre toute leur place dans l’amélioration du système de santé visuelle hexagonale. Rien de bien nouveau, cependant dans la trentaine de propositions qu’il porte. La participation des opticiens au dépistage, à la prévention, à la prise en charge élargie et au suivi des troubles visuels, l’extension de leurs prérogatives, la réforme nécessaire de leur formation avec des passerelles entre les cursus des 3 “O” figurent déjà dans le rapport Igas publié en septembre 2020. Mais, près de 2 ans après sa publication et en dépit de leurs échanges avec le ministère de la Santé, les syndicats d’opticiens n’ont pas obtenu grand-chose. Alors, ce Livre blanc, pour quoi faire ? Un simple inventaire à la Prévert pourront dire certains… Il n’empêche : ce document est une synthèse des propositions de tous les syndicats, un consensus pour dégager les enjeux de la profession d’ici 2030, en dépit de leurs divergences sur bien des points. Une belle avancée sur laquelle la filière optique peut s’appuyer pour peser dans les décisions de la prochaine mandature. Cela suffira-t-il à convaincre, cette fois-ci, les pouvoirs publics ? On veut le croire. Cette “union” de toute la filière optique pourra-t-elle faire sauter les “verrous” du syndicat des ophtalmologistes ? Quelle pourrait être également la position des Ocam face à de telles évolutions, sachant que la question des déserts médicaux et celle de l’articulation des prises en charge AMO/AMC font partie des enjeux majeurs de la prochaine mandature ? Ce Livre blanc est une étape indispensable dans la refonte de la filière de santé visuelle. Et, on l’espère, une base de discussions commune avec les autres parties prenantes de l’éco-système, ophtalmologistes comme Ocam, afin que chaque Français puisse bénéficier de soins et d’équipements de qualité.

Marie-Dominique GASNIER