Novembre 2021

Mensuel pratique et interactif de l’optique

Simplifier… ou contrôler ?

Simplifier. L’ambition est louable… Surtout quand il s’agit de fluidifier l’accès à la santé visuelle du patient, qui reste un parcours du combattant dans beaucoup de territoires. C’est au nom de cette “simplification” que l’article 40 du PLFSS 2022 propose d’accorder la primo-prescription aux orthoptistes, en autonomie. Levier de bouclier des ophtalmologistes : selon une enquête réalisée en octobre par le Snof (Syndicat national des ophtalmologistes de France), 9 ophtalmologistes sur 10 sont vent debout contre cet article, toujours en première lecture à l‘heure où nous imprimons, au nom du risque de “démédicalisation” du parcours de soins visuels. Pour le syndicat, cette proposition est surtout inutile : le délai médian des rendez-vous s’élève en 2021 à 26 jours. Ce qui tranche avec une réalité 2021 sur le terrain bien différente en fonction des départements, comme les cartes que nous avons établies le montrent (lire www.bienvu.ws LES ENJEUX; Accès à la prescription ? 60 départements restent en sous-démographie médicale). Et comme beaucoup d’entre vous le constatent. Si le Snof publie ces résultats, c’est surtout pour justifier son opposition à toute remise en question de son monopole de prescription d’équipement optique. Mais, au nom de la santé visuelle, il prend le risque de maintenir une partie de la population dans un difficile accès aux soins. La “brèche” ouverte avec le PLFSS 2022 reste insuffisante, puisqu’elle ignore l’apport des opticiens dont le maillage sur le territoire est une réponse solide aux problématiques actuelles. Mais elle est probable[1]ment une étape en vue d’une véritable simplification de l’accès aux soins. C’est aussi au nom de la simplification que les Ocam poussent, en ce mois d’octobre, à une nouvelle répartition de la prise en charge des équipements optiques par l’Assurance maladie obligatoire et les complémentaires santé. L’idée a déjà été évoquée cet été par la Cour des comptes. Elle est étudiée par les pouvoirs publics via les travaux du HCAAM (Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance maladie). Elle a fait l’objet d’un amendement (rejeté) au sein du PLFSS 2022 proposant une délégation “expérimentale” de la gestion du panier B aux seuls Ocam. Proposition que l’on retrouve dans le Livre blanc publié en octobre par la FFA (Fédération française de l’assurance). Cette dernière entend “clarifier la répartition AMO/Ocam sur le panier B sur la base d’objectifs en termes d’accès aux soins, de reste à charge et de santé publique et en assortissant ce transfert d’un partage de référentiels qualité”. Une clarification et une simplification qui traduisent surtout une volonté de “serrer” la vis et de contrôler davantage le marché dit “libre”. Ce que les Ocam font déjà via les réseaux de soins et les filtres tarifaires hors réseaux de soins. On le voit, en année électorale, la “gestion” du marché optique redevient un enjeu pour les pouvoirs publics et les Ocam. Et ni les uns ni les autres ne renoncent manifestement aux coups de boutoirs vis-à-vis de la filière optique.

Marie-Dominique GASNIER